Vienne la Belle


          Vienne a connu bien des vicissitudes au cours de sa longue et glorieuse histoire. Si elle a depuis longtemps cessé d’être l’opulente et magnifique cité qu’elle
fut pendant des siècles ; si du rang de capitale d’un royaume rhodanien les hommes l‘ont peu a peu fait descendre à celui d’une modeste sous-préfecture, elle a du moins
conservé ce que nul ne peut lui ravir : le charme de son site et la splendeur de ses horizons. Par là déjà elle reste - et restera - « le belle Vienne », célébrée par
les poètes. Elle a conservé, par ailleurs, des témoins majestueux de sa gloire passée. Elle peut encore inspirer les écrivains et les artistes, comme en témoignent
les chefs-d’œuvre littéraires d‘un Francois Ponsard, d‘un Alfred Poizat et d’un André Rivoire, ainsi que les vivantes, les admirables gravures d’un Joanny Drevet.

          Vienna ou Vigenna, — car les archéologues hésitent entre ces anciennes appellations, — eut, telle une déesse de l’Olympe, une naissance entourée de profonds
mystères. De belles légendes la poétisent.

          Les écrivains latins nous apprennent qu‘elle fut une cité importante de la Gaule. Après avoir été la métropole de la puissante tribu des Allobroges, dont le
territoire englobait presque entièrement 1a Savoie et le Dauphiné, elle devint une colonie romaine : Colonia Julia Vienna Allobragum. Ce fut probablement en 46
avant Jésus—Christ, dès le temps de César.

          En 43, pendant les troubles qui suivirent l’assassinat du dictateur, les Allobroges expulsèrent de Vienne les colons romains. Ces anciens soldats et leurs familles
se réfugièrent au confluent du Rhône et de la Saône ; c’est pour eux que Munatius Plancus fonda Lugudunum sur la colline de Fourvière. Rome ne pardonnait jamais une
semblable atteinte a son prestige ; Vienne fut durement châtiée. Déchue de ses droits politiques, elle dut payer aux Lyonnais une indemnité, sous forme de pension
perpétuelle, consentie avec d’autant plus d’empressement que Plancus Vint en personne traiter l’affaire... à la tête d’une légion. Il s'écoulera bien des années
avant que cette rente, cause d’une animosité ardente entre Viennois et Lyonnais, cesse d’être servie !

          Sous les premiers empereurs, Vienne s’abstint avec prudence de prendre part aux révoltes de la Gaule ; elle donna même des gages éclatants de loyalisme en élevant,
à l’exemple de Lugudunum qui l’éclipsait déjà, un temple à Rome et à Auguste. De nouveau, la fortune lui sourit. En 43 de notre ère elle se vit décerner de la bouche
de Claude, dans le mémorable discours que nous a conservé la Table de bronze du Musée de Lyon, les épithètes flatteuses de « très brillante » et de « très puissante »
(ornatissima et valentissima).

          Elle se recommandait, en effet, non seulement par la beauté de ses édifices, mais encore par la magnificence de ses fêtes et par le luxe de ses habitants. L’un de
ceux—ci, Valerius Asiaticus, célèbre par ses campagnes contre les Bretons, avait pu acquérir à Rome, grâce a son immense fortune, les fameux jardins de Lucullus.
Par malheur pour lui, des intrigues ou Messaline joua un rôle odieux, 1e rendirent suspect à Claude et, en 47, — alors qu’il venait d’être consul pour la seconde fois, —
i1 fut arrêté à Baïa et jugé sans retard dans la chambre de l’empereur. Condamné à mort, on lui laissa par faveur le choix de son trépas. Après un bain et un gai
repas, il alla voir le bûcher sur lequel devait brûler son cadavre ; il 1e fit changer de place, dans la crainte que le feu n’endommageât 1e couvert de ses arbres ;
puis il s’ouvrit les veines. Tacite, a qui nous devons ces détails, admire cette tranquillité d’âme devant la mort.

          De nombreux faits prouvent avec éloquence la considération dont Vienne jouit dans le monde romain, durant le premier siècle de notre ère. C’est, par exemple,
l’empereur Othon, qui, au témoignage du même Tacite, se dépouille du consulat pour le donner à Lucius Vopiscus, un Viennois, afin d’honorer dans sa personne tous ses
compatriotes, et c’est, au dire de Suétone, l’empereur Vitellius qui fait dans la Ville un séjour assez long. Au cours de ce siècle, la cité put craindre une seule
fois pour son avenir : ce fut lorsqu'un légat de Vitellius vint camper à ses portes avec ses légions avides de pillage. Mais elle se sauva par sa richesse, en offrant
au chef et aux soldats une formidable rançon.

          Sous le gouvernement des Flaviens, puis des Antonius, c’est-à-dire jusque vers 192, Vienne continua de se développer, pour atteindre à l’apogée de sa puissance vers
la fin du IIIe siècle et le début du siècle suivant. Dioclétien en fit 1a capitale de la « Viennoise » l’une des dix—sept provinces de la Gaule d’alors, et Constantin,
1a métropole d’un « diocèse » englobant cinq, puis sept provinces.

          Depuis longtemps déjà une agriculture florissante, diverses industries, notamment celles des toiles, des tissus de lin et de chanvre, des poteries, un commerce
important, favorisé par un réseau étendu de voies de communication, avaient fait de Vienne une cité populeuse et prospère. Son port, au confluent du Rhône et
de la Gère, devait être très important, puisqu’il possédait des mariniers spéciaux, et que le chef de la flotte rhodanienne y résidait encore au Ve siècle.
La citadelle, qui couronnait la colline de Pipet, commandait toutes les voies terrestres et fluviales, ainsi que le pont en pierres de taille qui franchissait le Rhône.
Enfin, la ville était un centre de haute culture littéraire et artistique.

          D’une part, en effet, des maîtres en renom y enseignaient la jeunesse, et les auteurs latins y trouvaient un public : dans des vers qui restent pour les Viennois
un titre d’honneur, le poète Martial s’est félicité du succès qu’obtenaient auprès de leurs ancêtres ses malicieuses Épigrammes. D’autre part, les monuments qui
nous sont parvenus de l’Antiquité prouvent à quel degré de splendeur la prospérité porta les arts dans la cité, chère aux Césars de Rome, presque au même titre que
Lyon et Arles.

          À l’exemple de Vitellius, et probablement déjà d’Auguste et de Caligula, des empereurs y résidèrent a bien des reprises, au cours du IVe siècle surtout.
Constance-Chlore y séjourna tout au début de ce siècle. Peu après, en 316, Constantin s’y reposa, après sa campagne contre Licinius. Julien y passa l’hiver de 355
pour y former l’armée destinée à combattre les Germains ; i1 y revint, en 360, préparer l’expédition d’Orient au cours de laquelle i1 devait succomber, et c’est ici
que le César apostat donna la première attestation publique de son retour au paganisme. À la fin du siècle, en 392, le jeune empereur Valentinien II, las de supporter
la tutelle tyrannique du général barbare Arbogast, vint se réfugier à Vienne. Quelques jours après, Arbogast, accouru sur les pas du prince, faisait répandre le bruit
de son suicide. Qu’il ait été poignardé au cours d’une promenade, étouffé dans son lit par les eunuques du palais ou, comme raconte Saint-Jérôme, étranglé dans ses
jardins au bord du Rhône, l’infortuné souverain, cela n’est que trop sûr, périt victime de son persécuteur.


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